L'opposition au toit rétractable du stade de Tennis Canada

Le projet de toit rétractable du stade de Tennis Canada, un projet évalué à 70 millions $, n'a pas d'acceptabilité sociale. La Coalition des amis du parc Jarry et le Regroupement citoyen pour la protection du parc Jarry ont déposé au Conseil municipal de la Ville de novembre 2019, une pétition signée par 2 389 personnes qui s'opposent fermement au projet de toit rétractable de Tennis Canada.

Ces citoyens et citoyennes s'opposent à ce que des fonds publics, notre argent, contribuent à une structure qui ne servirait qu'au sport professionnel, une structure qui ne serait utile que 10 jours par année, durant la Coupe Rogers, encore faut-il qu'il pleuve, une structure qui n'aurait aucun effet structurant sur la pratique du tennis par les Montréalais et les Montréalaises.

Ils s'opposent au projet parce qu'il y a des besoins beaucoup plus prioritaires pour nos installations sportives et pour nos parcs urbains, comme en fait foi le Programme des installations sportives extérieures de la Ville de Montréal qui prévoit un budget de 29,5 M$ pour entretenir, améliorer, adapter et transformer le réseau d’installations sportives extérieures de la Ville de Montréal. Comme quoi, les besoins sont connus et ils sont bien réels.

Un toit rétractable n'est pas essentiel à la tenue du tournoi de la Coupe Rogers. Il est parfois mentionné qu'il existe « une vague » de stades munis de toit dans le cadre des Masters 1000. Regardons les faits. Sept des neuf villes accueillant un tournoi du Masters 1000 ont un stade sans toit : Indian Wells, Miami, Cincinnati, Toronto, Monte-Carlo, Rome et Montréal. Seules Shanghai et Madrid ont des stades avec un toit rétractable, des infrastructures construites en 2005 et 2009 respectivement. Donc, depuis plus de 10 ans, aucun nouveau stade avec toit. Il est donc erroné de prétendre à une vague de stades munis de toit rétractable au niveau des Masters 1000. C'est cette réalité qui a fait dire à Rafael Nadal l'été dernier: « Je crois que c'est bien que les tournois du Grand Chelem l'aient fait [installer un toit rétractable]. C'est mieux pour les partisans et le tournoi. Ici, c'est un Masters 1000. Si vous en avez un (toit), tant mieux. Mais je ne pense pas que ce soit absolument nécessaire. »

Le même constat est fait du côté du tennis féminin. Le tournoi WTA de Montréal fait partie des Premier 5. Outre le tournoi de Montréal/Toronto, Dubai/Doha en alternance, Rome, Cincinnati et Wuhan accueillent un Premier 5. Seul Wuhan possède un stade avec un toit (une ville sur sept). Un fait intéressant à noter : Tokyo qui accueillait un tournoi Premier 5 s'est doté d'un stade avec un toit rétractable en 1991. La WTA a rétrogradé cette ville en 2013 et l'a remplacée par Wuhan sur la liste des Premier 5, comme quoi un stade avec un toit n'a que peu d'importance pour les tournois de ce niveau.

De plus, beaucoup de citoyens et citoyennes s'inquiètent du fait que ce stade devenu couvert ouvre la porte à la tenue d'événements majeurs et fréquents, et donc à des inconvénients anormaux (bruit, pollution par les camions de scène, circulation automobile, déplacement de foules à la fin des spectacles, etc.), incompatibles avec la vocation de notre parc qui est le cœur et les poumons de notre quartier. Le parc Jarry est un espace vert essentiel à la vie des quartiers environnants, ceux de Parc-Extension, Villeray et Petite-Patrie. L'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (VSP) est tout au bas de la liste en ce qui a trait aux parcs de quartier, seulement l'arrondissement Le Plateau-Mont-Royal présente moins de parcs! La superficie de parcs de quartier par habitant est 3,2 fois moindre dans l'arrondissement VSP que la moyenne de Montréal!

Malgré l'investissement important, ce projet de 70 M$ pour le sport professionnel ne serait créateur d'aucun emploi. De plus, rien ne montre que Tennis Canada Stade Jarry possède la marge budgétaire pour assurer la pérennité de cette structure d'ingénierie avancée en cas de bris.